Il faut réformer la gestion du patrimoine en Italie

Il faut réformer la gestion du patrimoine en Italie

« Pourquoi le Ciel confie-t-il de telles richesses en les mains de gens aussi peu capables de les apprécier ? »
Alphonse de Sade devant les ruines de Pompéi, 1775.

C’est un état des lieux inquiétant que celui qu’un simple touriste est amené à dresser en visitant les monuments et les sites culturels en Italie. Un pays où Pompéi s’écroule de manière semble-t-il inarrêtable, jour après jour, et l’Unesco menace de l’effacer de sa liste du patrimoine de l’humanité. Un pays où l’on permet aux paquebots géants de naviguer dans les eaux de la lagune vénitienne, en mettant ainsi en danger ce site unique au monde dont la sauvegarde est très délicate. Un pays où la Reggia di Caserta, résidence royale des Bourbons en Campanie, demeure envahie par les déchets et dégradée depuis plusieurs années. Un pays où l’on compte 49 sites classés par l’Unesco – il s’agit de la plus importante concentration au monde – mais où l’on n’a pas assez de gardiens pour les surveiller et en garantir la bonne conservation (une situation tellement grave qui a provoqué une grève générale le 28 juin dernier et, par conséquent, la fermeture au public durant plusieurs heures de sites et monuments tels que Pompéi et le Panthéon romain, ou encore de musées comme les Offices à Florence et l’Académie de Brera à Milan).

Pompéi, le 30 novembre 2010 : un écroulement près de la Casa del Moralista

Pompéi, le 28 juin 2013 : les touristes bloqués à l’entrée du site

Venise, le 5 mai 2012 : le paquebot Costa devant la place Saint-Marc

La réforme d’un système – celui du patrimoine et, plus en général, de la culture en Italie – « malade » et en crise doit donc se présenter maintenant aux yeux du Gouvernement, du Ministère de la culture et de tous les professionnels du secteur comme une réelle nécessité, qui ne peut plus être remise à l’avenir. Voici donc quatre mesures – parmi beaucoup d’autres – qui devraient représenter un point de départ en ce sens.

I. Recruter une nouvelle génération d’historiens de l’art, archéologues, architectes, chercheurs et spécialistes. Tous les ans, des centaines de diplômés qualifiés et motivés quittent en effet le Bel Paese, en quête d’un travail qui les éloigne d’un état où la moyenne d’âge des professionnels de la culture s’élève à 58 ans.

II. Augmenter les fonds destinés à la culture de la part de l’Etat. Les fonds dont dispose aujourd’hui le Ministère de la culture représentent un tiers par rapport aux fonds dont il disposait en 2008 ; la Grèce investit deux fois plus que l’Italie, le Danemark dix fois plus.

III. Ouvrir le domaine du patrimoine et de l’art aux privés. Leur intervention – non seulement financière – pourrait effectivement constituer un apport fondamental afin de générer un nouvel élan culturel ainsi que des idées innovantes.

IV. Donner naissance à une nouvelle phase dans la gestion des monuments et des sites. Il faut repenser les rôles du Ministère et des Soprintendenze, en instaurant une nouvelle vision d’ensemble du patrimoine italien et de son administration, tout en respectant et en valorisant chaque réalité territoriale.

En conclusion, la situation actuelle est désormais trop grave pour ne pas agir, comme on a fait (ou pas fait dans ce cas) maintes fois dans le passé. Il faut intervenir, en prenant en considération non pas l’intérêt de professionnels avides d’argent et de gloire personnelle mais au contraire celui d’un pays tout entier, qui a dans le patrimoine et dans la culture ses fondements les plus anciens et les plus vifs.

(sources images : www.reportweb.tv, www.ilmattino.it, www.lepoint.fr)