“Manet. Ritorno a Venezia”

“Manet. Ritorno a Venezia”

Le Palais des Doges à Venise abrite, jusqu’au 1er septembre prochain, l’une des expositions les plus attendues de l’été italien : « Manet. Ritorno a Venezia ». Née grâce à la collaboration entre Guy Cogeval, président du musée d’Orsay, et Gabriella Belli, directeur de la Fondazione Musei Civici di Venezia, il s’agit de la plus complète rétrospective du peintre français jamais organisée en Italie. Tout au long du parcours, elle se propose de mettre en lumière l’influence des maîtres vénitiens dans le travail d’Edouard Manet (1832-1883), dont les toiles côtoient des tableaux de Titien, Lotto, Tintoret ou encore Carpaccio.

C’est en 1853 que Manet séjourne pour la première fois en Lagune ; âgé de vingt-et-un ans, il est accompagné par son frère Eugène et par le jeune avocat et ami Emile Ollivier. Il y fera retour en 1874, avec sa femme Suzanne Leenhoff et le peintre James Tissot. Ces deux voyages coïncident avec deux phases bien différentes au sein de la carrière de l’artiste : si, en 1853, il est encore considéré comme un jeune apprenti, vingt-et-un ans plus tard il est désormais un peintre reconnu (et critiqué) sur la scène artistique parisienne, auteur d’une révolution picturale avec Le Déjeuner sur l’herbe et Olympia. Son retour dans la Cité des Doges semble donc correspondre à un retour aux sources, dans une ville qui a marqué un moment fondamental dans sa formation à travers l’exploration de l’art vénitien.

Edouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863 (deuxième version)

Le Déjeuner sur l’herbe – dont on peut apprécier la deuxième version (1863, Londres, The Courtauld Institute of Art) réalisée quelques mois après celle qui fit scandale au Salon des Refusés et qui se trouve à nos jours au musée d’Orsay – est un parfait exemple de l’importance des peintres vénitiens et italiens chez Manet : l’œuvre s’inspire effectivement de Titien de même que d’une gravure de Marcantonio Raimondi (exposée dans la même salle) d’après un tableau de Raphaël.

Le cœur de l’exposition est représenté par la confrontation sans précédent entre Olympia (1863, Paris, musée d’Orsay) et son modèle, la Vénus d’Urbino de Titien (1538, Florence, Offices). Il s’agit de deux prêts exceptionnels, car si la Vénus des Offices ne voyage que très rarement, la toile de Manet, elle, n’avait jamais quitté la France auparavant. Le dialogue entre les deux travaux se montre ainsi de manière limpide dans la composition, la pose du personnage féminin, son attitude « défiante » au regard du spectateur, le format et les teintes utilisées par les peintres. Cependant, si Titien reste attaché à la tradition classique, Manet se sert au contraire du modèle de Vénus afin de désacraliser la peinture et de défier l’histoire artistique.

Edouard Manet, Olympia, 1863

Titien, Vénus d’Urbino, 1538

Or l’influence vénitienne chez Manet ne concerne pas seulement les scènes s’inspirant à la peinture d’histoire – parmi lesquelles on peut citer également Jésus insulté par les soldats (1864, Chicago, The Art Institute) – mais aussi par exemple les scènes de genre – comme Femme versant de l’eau (1858-1860, Copenhague, Ordrupgaard Collection) et Le balcon (1868-1869, Paris, musée d’Orsay) – et les natures mortes. Le Grand canal à Venise (1874, collection privée) montre quant à lui la relation avec les vedute de Canaletto et Guardi.

De plus, « Manet. Ritorno a Venezia » est l’occasion de souligner le rôle fondamental représenté en même temps chez Manet par la peinture ibérique, à partir de son premier séjour en Espagne en 1865 : Le fifre (1866, Paris, musée d’Orsay), Lola de Valence (1862-1863, Paris, musée d’Orsay) et Combat de taureaux (1865-1866, Paris, musée d’Orsay) témoignent en effet de la référence aux réalisations d’artistes tels qu’El Greco, Vélasquez et Goya. La rétrospective se clôture enfin par des œuvres très célèbres comme les portraits d’Emile Zola (1868), de Stéphane Mallarmé (1876) et de Georges Clemenceau (1879-1880) ainsi que Sur la plage (1873), tous provenant du musée d’Orsay.

(sources images : www.starhotels.com, www.amazon.com, www.griseldaonline.it, www.pileface.com)